lundi 29 octobre 2012

Ferrare : après le tremblement de terre, la reconstruction

Tout juste cinq mois après les deux graves tremblements de terre des 20 et 29 mai derniers qui ont secoué la région d'Emilie-Romagne en Italie, les dernières "villes de tentes", tendopoli comme les Italiens les appellent, viennent enfin d'être fermées, notamment à Mirandola et Finale Emilia dans la province de Modène et les dispositions nécessaires ont été prises pour reloger les habitants sans-abris.

Si de nombreuses villes autour de Modène et Ferrare restent encore encombrées de gravats et semblent figées dans une sorte d'instant apocalyptique post-tremblement de terre, le temps est aujourd'hui à la reconstruction. Et à l'approche de l'hiver, il s'agit de faire vite. Les toutes premières initiatives sont venues des villes touchées par le séisme qui ont commencé par reprendre doucement leur activité culturelle comme pour affirmer, symboliquement, que lorsqu'on n'a plus rien, la dernière richesse qu'il reste est bien la culture. Ainsi, l'ensemble des théâtre d'Emilie-Romagne ont décidé de reprendre leur activité le mois dernier. A Ferrare, cette volonté est particulièrement symptomatique du désir de renaissance et de continuité. Le plus belle preuve en est l'inauguration de la nouvelle exposition de peintures au Palais des Diamants "Boldini, Previati e De Pisis, due secoli di grande arte a Ferrara". 

A Ferrare, même si les dégâts ont été moins importants que dans les petites villes de la province, comme Sant'Agostino ou Cento, qui ont perdu une partie de leurs monuments historiques, la plupart des palais et des églises sont pourtant fermés au public dans l'attente de l'évaluation exacte des risques et des dommages. Sur les murs des vieux bâtiments, on peut en effet voir de nombreuses fissures, des cheminées ou des statues manquantes, comme sur les façades des églises Santa Maria in Vado ou San Carlo qui se trouvent toutes les deux dans le centre historique. Les autorités de la ville sont donc toujours inquiètes de l'état des monuments historiques d'autant plus que Ferrare est classée au patrimoine mondial de l'Unesco pour son centre historique resté intact depuis la Renaissance. La question de protéger et de restaurer l'architecture ferraraise reste cruciale. Il a déjà été évalué que le château de Ferrare nécessitait des restaurations s'élevant à 4 millions d'euros et que le palais Schifanoia, le joyau de la ville, nécessitait des restaurations s'élevant à 550 000 euros. Le maire adjoint de Ferrare, Massimo Maisto, s'est exprimé la semaine dernière sur les projets de reconstruction en précisant que "Le palais Schifanoia est la priorité. Les restaurations sont nécessaires, en particulier dans la salle des stucs et dans l'escalier. L'objectif est de le réouvrir avant Pâques, pour le début de la saison touristique." Ensuite, ce sera au tour de la grande église de la chartreuse Saint-Christophe, au nord de la ville, qui conserve des chefs-d’œuvre de la peinture ferraraise et dont la réouverture est prévue pour novembre 2013.


De la même manière, dans la petite ville de Cento, la Pinacothèque qui a beaucoup souffert et où sont conservés des chefs-d’œuvre inestimables du Guerchin, les restaurations sont évaluées à 800 000 euros. 400 000 euros seront également destinés à Poggio Renatico et 350 000 euros serviront à Bondeno pour la restructuration de la Rocca di Stellata et enfin 300 000 euros seront utilisés pour la reconstruction de l'Hôtel de Ville de Sant'Agostino. Ces sommes seront prélevées sur la dotation exceptionnelles de 14,3 millions d'euros qui a été reçue grâce aux sms envoyés au numéro spécial 45500 juste après le tremblement de terre. Grâce à cette somme, trente-huit projets de reconstruction, dont dix concernant des monuments historiques ou des musées, ont été décidés. En effet, si l'humain reste la priorité lors de tels événement, il est aussi très importants de penser à la restauration des monuments historiques.

L'une des images les plus marquantes reste par exemple celle du sauvetage par les pompiers des tableaux du Guerchin (L'Annonciation) et de Guido Reni (L'Assomption de la Vierge) dans l'église de la Collégiale de Pieve di Cento dont la coupole est tombée. On peut aussi citer le sauvetage in extrémis d'une peinture de l'oratoire de l'église San Carlo à Sant'Agostino, véritable petit bijou du baroque italien qui a été anéanti par le tremblement de terre.

Un Commissariat Extraordinaire à la Reconstruction a donc été créé pour gérer ces sommes et les allouer de manière équitable entre les régions d'Emilie-Romagne, de Vénétie et de Lombardie et les cinq Provinces concernées, à savoir Ferrare, Modène et Bologne en Emilie-Romagne, Mantoue en Lombardie et Rovigo en Vénétie.Une aide de l'Union Européenne devrait également arriver prochainement.

Les tremblements de terre ne sont pas si rares en Italie. Ferrare en fut déjà victime en 1570, à l'époque de la Renaissance, ce qui avait d'ailleurs contribué, à l'époque, au déclin du rayonnement culturel et politique de la ville. Récemment, c'est la ville de L'Aquila, touchée en 2009 qui marqua les esprits et dont le souvenir vient d'être ravivé il y a six jours avec la condamnation des experts italiens de la Commission Grands Risques à six ans de prison pour "homicide par imprudence", reconnus coupables d'avoir sous-estimé les risques juste avant le séisme meurtrier. Personne ne veut revivre le scénario tragique de L'Aquila. La question de la reconstruction pose ainsi celle de la protection optimale si de telles secousses reviennent. Dans plusieurs zones, même si de nombreux monuments historiques ont été endommagés, il est cependant à remarquer qu'ils ont souvent mieux résisté que les structures modernes. Le génie anti-sismique a donc encore beaucoup a faire et à prévoir pour l'avenir.

Cet article a été publié dans le Huffington Post le 01/11/2012 

dimanche 28 octobre 2012

Compte-rendu de la conférence de presse du 24 octobre 2012

Mercredi 24 octobre 2012 à 17h, s'est tenue, dans les salons de l'Institut Culturel Italien de Paris, une conférence de presse pour présenter le livre d'art et d'histoire Ferrare, joyau de la Renaissance italienne écrit par Julie Chaizemartin, aux Editions Berg International et l'opération "Un Livre pour la Reconstruction" qui a reçu le patronage officiel de la Commission Nationale Italienne auprès de l'UNESCO, ainsi que le patronage de la ville de Ferrare et de la Province de Ferrare et qui consiste au reversement de 10% des recettes nettes hors taxes du livre à la Province de Ferrare pour la reconstruction et la restauration du patrimoine historique et artistique endommagé par les deux tremblements de terre du mois de mai dernier.

Étaient présents Julie Chaizemartin, l'auteur du livre, Georges Nataf, le directeur des Editions Berg International, Marie Lopez-Vivanco, la photographe du livre et Guillaume Durand, l'auteur de la préface, devant un public d'une cinquantaine de personnes. 

Le seul livre en français sur Ferrare

Marina Valensise, la directrice de l'Institut Culturel Italien a commencé par présenter la jeune auteur âgée de 28 ans, historienne de l'art diplômée de l’École du Louvre et de la Sorbonne qui a eu l'idée, suite à un travail de recherche universitaire, de faire un livre sur la ville de Ferrare, ville peu connue d'Italie mais qui fut pourtant la ville de l'Arioste, du Tasse, de la famille d'Este et surtout la ville du cinéaste Antonioni, la ville également qui a inspiré le peintre Giorgio de Chirico et la ville d'un des plus grands écrivains italiens du XXe siècle, Giorgio Bassani, auteur notamment de la nouvelle Le Jardin des Finzi Contini, mise à l'écran par Vittorio de Sica. 
Marina Valensise a également insisté sur le fait que la présentation d'un tel livre "confirme les liens que la culture française entretient avec l'Italie". D'autant plus que ce livre est le seul livre en français qui retrace l'histoire de la ville de Ferrare de ses origines jusqu'à son âge d'or à la Renaissance.
L'auteur Julie Chaizemartin, pour expliquer sa volonté de faire ce livre, a parlé de "combler un manque dans le sens où il n'existait aucun livre en français retraçant l'histoire de la ville de manière précise et complète pour un public français, aussi bien un public averti que le grand public". Paru le 28 mars dernier, à peine plus d'un mois avant les deux graves tremblements de terre qui ont secoué la région de Ferrare en Emilie-Romagne, ce beau-livre qui met en valeur le riche patrimoine ferrarais est d'autant plus d'actualité. L'auteur a expliqué qu'elle se trouvait justement à Ferrare lors du deuxième tremblement de terre et qu'elle en a été très choquée et touchée. C'est à ce moment-là, qu'avec l'éditeur, la photographe et le préfacier, elle a décidé de lancer l'opération "Un Livre pour la Reconstruction"

Ferrare, une ville différente des autres villes italiennes

"Une architecture inhabituelle, une peinture différente de la peinture de la Renaissance que l'on connaît", par ces mots l'éditeur Georges Nataf a expliqué la découverte étonnante qu'il a faite de la ville de Ferrare, en s'y rendant, une ville qu'il ne connaissait pas et qui "méritait d'être découverte par le public français à travers un beau-livre" a-t-il ajouté en précisant qu'il a voulu "donner un aspect vivant et contemporain au livre à travers les photographies de la ville".
A son tour, Guillaume Durand qui ne connaissait Ferrare qu'à travers les peintures de Giorgio de Chirico a expliqué qu'"une vraie poésie se dégage de cette ville, les ombres portées, les avenues, que l'on retrouve dans les peintures de Giorgio de Chirico qui me touchent beaucoup depuis des années. Ferrare, c'est l'anti-Sienne sur le plan de l'architecture, on est en Italie mais on est aussi un peu ailleurs, un voyage que nous devrions tous faire". Il a ajouté que "le tremblement de terre avait confronté d'un coup la beauté et la fragilité absolue" et avait été "une manière d'apporter un coup de projecteur tragique sur cette ville que ceux qui ne sont pas italiens connaissent assez mal".
La photographe Marie Lopez-Vivanco a enchaîné en décrivant son travail "sur les couleurs de la ville, ainsi que les jeux d'ombres et de lumière et l'importance de mettre en valeur l'aspect vivant de la ville d'aujourd'hui".

L'histoire de Ferrare, foyer de création à la Renaissance

A travers une présentation historique exhaustive et le commentaire de plusieurs photographies de peintures et d'architectures, Julie Chaizemartin a insisté sur l'importance de Ferrare à la Renaissance. De la petite ville médiévale prospère, Ferrare est devenue une capitale de la Renaissance italienne. Les seigneurs de la famille d'Este, qui régnèrent du XIIIe au XVIe siècles, furent parmi les premiers seigneurs humanistes d'Italie. Ils surent attirer les intellectuels et les artistes à la cour. Tandis qu'un architecte de génie, Biagio Rossetti, s'employait à doubler la superficie de la ville créant de larges avenues (ce que l'historien Bruno Zevi a décrit en parlant de "Ferrare, première ville moderne d'Europe"), des peintres de talent, comme Cosmè Tura, et des artistes célèbres comme Titien, embellissaient les salles et les cabinets privés des palais des seigneurs d'Este. L'auteur a insisté sur le fait que la Renaissance à Ferrare était encore trop méconnue. La ville est pourtant vue aujourd'hui par les architectes comme "une ville idéale créée à la Renaissance, une sorte de projet urbanistique prophétique de nos capitales actuelles". On ne sait pas non plus que Ferrare conserve des trésors comme les fresques du palais Schifanoia ou les fragiles statues médiévales de la cathédrale.
Autant d’œuvres d'art qui prouvent que Ferrare rivalisa sur les plans artistiques et politiques avec des villes comme Florence et Milan et fut même dans certains domaines à l'origine d'apports culturels nouveaux, notamment en matière de musique et de théâtre, en particulier grâce à la présence de deux grands écrivains, l'Arioste et le Tasse. Plusieurs femmes participèrent également au raffinement de la culture ferraraise, comme Isabelle d'Este, Béatrice d'Este, Lucrèce Borgia ou Renée de France. En évoquant ce dernier nom, Julie Chaizemartin a expliqué : "en tant que Française, je me suis particulièrement intéressée aux liens que Ferrare a entretenus avec la France, au travers de deux grandes personnalités, Renée de France qui est mariée au duc Hercule II d'Este en 1528 et qui protégea à Ferrare les protestants qui fuyaient la France, et le cardinal Hippolyte II d'Este, grand ami de François Ier, qui contribua a apporter la Renaissance italienne en France. C'est lui qui fit construire un des plus beaux hôtels particuliers de l'époque qui se trouvait juste en face du château de Fontainebleau, qui avait été décoré en partie par Primatice et qui s'appelait le Grand Ferrare, malheureusement détruit à la Révolution. Ce cardinal est plus connu pour avoir construit la magnifique Villa d'Este à Tivoli près de Rome". Si le livre consacre une grande place à l'histoire de l'art, Julie Chaizemartin a expliqué qu'elle avait englobé cette histoire de l'art dans l'histoire générale de la ville et abordé plusieurs domaines, dont notamment le contexte politique et les guerres d'Italie.
 
Les tremblements de terre des 20 et 29 mai 2012

Dans la dernière partie de la présentation, Julie Chaizemartin a expliqué l'opération "Un Livre pour la Reconstruction" et a parlé de l'état actuel de la ville et de la province de Ferrare qui se remettent doucement des deux tremblements de terre de mai dernier. Elle a précisé que le livre avait été accueilli avec bienveillance et enthousiasme par les autorités de la ville et de la Province de Ferrare, en particulier Massimo Maisto, maire-adjoint de Ferrare, et Davide Bellotti, chargé de la Culture et du Tourisme à la Province de Ferrare, lors de la présentation officielle du livre à Ferrare le 28 septembre dernier. 


Photographie de l'Institut Culturel Italien : Marie Lopez-Vivanco, Guillaume Durand, Georges Nataf et Julie Chaizemartin

A Ferrare, les dégâts ont été moins importants que dans les petites villes de la province qui, pour beaucoup, ont perdu une partie de leurs monuments historiques. A l'heure actuelle, la plupart des palais et des églises de Ferrare sont pourtant fermés au public dans l'attente de l'évaluation exacte des risques et des dommages. Sur les murs des vieux bâtiments, on peut en effet voir de nombreuses fissures, des cheminées ou des statues manquantes, comme sur les façades des églises Santa Maria in Vado ou San Carlo qui se trouvent toutes les deux dans le centre historique. Les autorités de la ville sont donc toujours inquiètes de l'état des monuments historiques d'autant plus que Ferrare est classée au patrimoine mondial de l'Unesco pour son centre historique resté intact depuis la Renaissance. La question de protéger et de restaurer l'architecture ferraraise reste cruciale. Il a déjà été évalué que le château de Ferrare nécessitait des restaurations s'élevant à 4 millions d'euros et que le palais Schifanoia, le joyau de la ville, nécessitait des restaurations s'élevant à 550 000 euros. De la même manière, dans la petite ville de Cento, la Pinacothèque qui a beaucoup souffert et où sont conservés des chefs-d’œuvre inestimables du Guerchin, les restaurations sont évaluées à 800 000 euros. Ces sommes seront prélevées sur la dotation exceptionnelles de 14,3 millions d'euros qui a été reçue grâce aux sms envoyés au numéro spécial 45500 juste après le tremblement de terre. Grâce à cette somme, trente-huit projets de reconstruction, dont dix concernant des monuments historiques ou des musées, ont été décidés. Un Commissariat Extraordinaire à la Reconstruction a été créé pour gérer ces sommes et les allouer de manière équitable entre les régions d'Emilie-Romagne, de Vénétie et de Lombardie et les cinq Provinces concernées, à savoir Ferrare, Modène et Bologne en Emilie-Romagne, Mantoue en Lombardie et Rovigo en Vénétie.
Il a été également rappelé qu'une aide de l'Union Européenne devrait arriver prochainement et que les dernières "villes de tentes", "tendopoli" en italien, qui se trouvaient dans les villes de Finale Emilia et Mirandola notamment, dans la province de Modène, venaient d'être fermées et leurs occupants relogés.
Les tremblements de terre ne sont pas si rares en Italie. Ferrare en fut déjà victime en 1570, à l'époque de la Renaissance, comme l'a rappelé Julie Chaizemartin, ce qui avait d'ailleurs contribué au déclin du rayonnement culturel et politique de la ville. Récemment, c'est la ville de L'Aquila, touchée en 2009 qui marqua les esprits. La question de la reconstruction pose également celle de la protection optimale si de telles secousses reviennent. Dans plusieurs zones, même si de nombreux monuments historiques ont été endommagés, il est cependant à remarquer qu'ils ont souvent mieux résisté que les structures modernes. Le génie anti-sismique a donc encore beaucoup a faire et à prévoir pour l'avenir.

lundi 22 octobre 2012

Conférence à l'Institut Culturel Italien

Mercredi 24 octobre 2012 à 17h

se tiendra une conférence de presse organisée par les Éditions Berg International et l'Institut Culturel Italien dans les salons de l'Institut Culturel Italien au 73 rue de Grenelle à Paris.

L'objet de cette conférence de presse concerne la présentation du livre d'art "Ferrare, joyau de la Renaissance italienne" (paru en mars 2012) illustré par la photographe Marie Lopez-Vivanco et préfacé par Guillaume Durand et l'opération de soutien à la ville de Ferrare intitulée "Un Livre pour la Reconstruction" qui consiste à reverser 10% des recettes nettes hors taxes des ventes du livre à la Province de Ferrare pour aider à la reconstruction et la restauration du patrimoine détruit ou endommagé suite aux deux tremblements de terre survenus en mai dernier. Cette opération a reçu le patronage de l'UNESCO.
Les intervenants seront Guillaume Durand, Georges Nataf (Directeur des Editions BERG International), Marina Valensise (Directrice de l'Institut Culturel Italien) et Julie Chaizemartin (l'auteur du livre).